Aller au contenu principal

Un logiciel de photogrammétrie prend une série de photos d'un objet ou d'un lieu et en reconstruit un modèle 3D texturé. Vous tournez autour de la façade avec un appareil, le logiciel retrouve la position de chaque cliché, triangule des millions de points, et vous rend un maillage. C'est la voie la moins chère pour numériser une surface : pas de scanner à 30 000 €, juste des photos et du temps de calcul.

La plupart des comparatifs en ligne notent ces outils pour des géomètres, des pilotes de drone ou de l'impression 3D. Moi je scanne des bâtiments pour projeter dessus. L'angle change tout : je me fiche de la précision millimétrique cadastrale, je veux un modèle propre, à la bonne échelle, que je peux importer dans un logiciel de mapping et sur lequel je cale mes projecteurs. Ce comparatif range les logiciels par famille, avec cette question en tête : lequel pour préparer un show.

Tous les prix et licences ci-dessous ont été vérifiés en juillet 2026. La photogrammétrie bouge vite, revérifiez avant d'acheter.

Gratuit et open source : Meshroom et COLMAP

Si vous débutez, ou si vous scannez un lieu une fois par an, commencez ici. Ça ne coûte rien et ça suffit largement pour du mapping.

Meshroom est le nom que tout le monde cite en premier, et à raison. Développé par le projet AliceVision, publié sous licence MPL-2.0, gratuit sans astérisque. Interface à nœuds : vous glissez vos photos, vous lancez le pipeline, il fait tout, de l'alignement au maillage texturé. Le revers, c'est qu'il réclame une carte graphique NVIDIA (CUDA) pour la partie dense, et qu'un gros jeu de photos peut tourner des heures. Pour une façade photographiée proprement, c'est l'outil que je recommande à quelqu'un qui n'a jamais fait de photogrammétrie.

COLMAP joue dans une autre cour. Pipeline Structure-from-Motion et Multi-View Stereo, licence BSD, gratuit lui aussi. Plus austère, plus proche de la ligne de commande, mais réputé pour la qualité de sa reconstruction de position de caméra. C'est l'outil des gens qui veulent comprendre et contrôler chaque étape, pas cliquer sur un bouton. Pour du mapping, il est overkill sauf si vous aimez le contrôle fin ou si vous alimentez un pipeline plus large.

Le piège du gratuit, ce n'est pas le logiciel, c'est vos photos. Un mauvais jeu de clichés, flous, mal recouvrants, pris à contre-jour, ne produira jamais un bon modèle, quel que soit le moteur. La photogrammétrie récompense la rigueur de la prise de vue avant tout le reste.

Pro : RealityScan et Metashape

Quand vous faites ça pour vivre, deux noms reviennent.

RealityScan, c'est l'ancien RealityCapture, rebaptisé par Epic Games en 2025 (version 2.0 puis 2.1). Sa réputation, c'est la vitesse : il avale des milliers de photos et sort un modèle plus vite que la plupart de ses concurrents. Le modèle de licence a changé et devient intéressant pour beaucoup de monde : gratuit pour les étudiants, les enseignants, et les individus ou entreprises dont le chiffre d'affaires brut annuel reste sous 1 million de dollars. Au-dessus, c'est 1 250 $ par siège et par an (vérifié juillet 2026). Pour un indépendant ou un petit studio, c'est donc devenu un outil pro gratuit. Difficile de faire mieux.

Metashape, d'Agisoft (l'ancien PhotoScan), est l'autre pilier. Réputé pour sa précision et son contrôle algorithmique, c'est le favori de la recherche et du relevé exigeant. Licence perpétuelle, pas d'abonnement : édition Standard à 179 $, édition Professional à 3 499 $ (prix commerciaux node-locked vérifiés juillet 2026). La Standard suffit pour sortir un maillage texturé ; la Pro ouvre le géoréférencement, les marqueurs de contrôle et le traitement lourd dont un mapping n'a en général pas besoin.

Entre les deux : RealityScan pour la vitesse et le prix, Metashape pour le contrôle et la licence perpétuelle qu'on paie une fois. Pour du spectacle, RealityScan gratuit couvre presque tous les cas.

Mobile : Polycam

Polycam mérite sa place parce qu'il déplace le curseur. Vous scannez avec un téléphone, en photos ou au LiDAR sur les iPhone Pro, et vous avez un modèle en quelques minutes, sans PC de calcul. Formule gratuite pour créer et exporter en quelques formats, abonnement pour les gros scans (au-delà de 250 photos) et l'export complet.

Pour un mapping, Polycam est parfait en repérage. Vous passez sur le site, vous scannez la scène en dix minutes, vous rentrez avec une maquette 3D assez juste pour commencer à placer des projecteurs. Ce n'est pas la précision d'un Metashape nourri au reflex, mais pour valider une implantation avant de louer quoi que ce soit, c'est souvent bien suffisant. Le raccourci que je prends le plus souvent en visite technique.

Qui a besoin de quoi

Le tableau mental que j'utilise, ramené au projet plutôt qu'à la fiche technique :

  • Premier scan, budget zéro, un objet ou une façade simple : Meshroom. Vous apprenez la prise de vue en même temps, sans dépenser un centime.
  • Indépendant ou petit studio qui scanne régulièrement : RealityScan, gratuit sous le million de dollars de CA, rapide, pro. Le meilleur rapport effort/résultat aujourd'hui.
  • Précision, relevé sérieux, licence achetée une fois : Metashape, Standard puis Pro selon le besoin de géoréférencement.
  • Repérage rapide sur site, maquette de préparation : Polycam au téléphone, quitte à re-scanner plus finement ensuite.
  • Pipeline contrôlé, envie de comprendre chaque étape : COLMAP.

Aucun de ces logiciels n'est mauvais. Ils répondent à des contraintes différentes. Le tort classique, c'est de sortir l'artillerie lourde pour un besoin léger, ou l'inverse.

Du logiciel de photogrammétrie au mapping

Le modèle qui sort de votre logiciel n'est pas encore prêt pour un show. Il est brut : plusieurs millions de triangles, une topologie chaotique, parfois des trous. Deux étapes attendent.

La sortie directe d'un moteur de photogrammétrie est souvent un nuage de points avant d'être un maillage, et comprendre cette différence évite bien des mauvaises surprises à l'import. Ensuite, pour qu'un logiciel temps réel avale le modèle sans ramer, il faut presque toujours passer par une retopologie, c'est-à-dire reconstruire une géométrie propre et légère par-dessus le scan lourd.

Une fois le modèle allégé, il rentre dans un outil de préparation. C'est exactement pour ça que j'ai construit Lumeo : importer le maillage issu du scan, poser les projecteurs autour dans une scène 3D, vérifier les recouvrements et les lux réels sur la surface, et valider l'implantation avant de louer une seule machine. Le scan précède la simulation, la simulation précède le camion.

Pour la chaîne complète, du choix du matériel de capture jusqu'au serveur qui diffuse, partez du guide scan 3D pour le mapping. Et si votre question porte sur le matériel plutôt que le logiciel, le guide pour choisir un scanner 3D traite du moment où la photogrammétrie ne suffit plus et où un lidar devient nécessaire.

Quand la photogrammétrie n'est pas la peine

Le logiciel gratuit rend la photogrammétrie tentante partout. Elle ne l'est pas.

  • La surface est une géométrie simple et connue. Un mur plat, une boîte, un cube : vous n'avez pas besoin de scanner quoi que ce soit. Mesurez au télémètre, modélisez la primitive en cinq minutes, et vous aurez un modèle plus propre que n'importe quel scan. Scanner un parpaing, c'est perdre une demi-journée pour un rectangle.
  • Vous avez déjà les plans. Si l'architecte ou le lieu vous fournit un modèle CAO ou des plans cotés, partez de là. Un scan photogrammétrique d'une géométrie déjà documentée n'ajoute que du bruit et du travail de nettoyage.
  • La précision exigée dépasse ce que la photo permet. Grande étendue, surfaces réfléchissantes, verre, faible lumière : la photogrammétrie décroche. Là, c'est un scanner lidar qu'il faut, pas un meilleur logiciel de photogrammétrie.
  • Le délai ne tient pas. Une reconstruction propre demande une prise de vue soignée et des heures de calcul. Si le show est demain et que vous découvrez le site ce soir, un relevé au mètre et un modèle simple vous sauveront mieux qu'un scan raté à 3 h du matin.

La photogrammétrie est un outil, pas un réflexe. Elle brille quand la surface est complexe, irrégulière, non documentée, et qu'on a le temps de bien photographier. Le reste du temps, un mètre et une primitive font le travail.

Si vous hésitez entre deux logiciels pour un projet précis, écrivez-moi. J'ai probablement scanné une surface comparable, et je vous dirai lequel prendre sans vous vendre le plus cher.

Questions fréquentes

Quel est le meilleur logiciel de photogrammétrie ?
Il n'y a pas de meilleur absolu, ça dépend du projet. Pour débuter sans dépenser, Meshroom (gratuit, open source). Pour un indépendant ou un petit studio, RealityScan, devenu gratuit sous 1 million de dollars de chiffre d'affaires et très rapide. Pour la précision et une licence achetée une fois, Metashape d'Agisoft. Pour un repérage express au téléphone, Polycam. Prix vérifiés en juillet 2026.
Meshroom est-il vraiment gratuit ?
Oui, sans astérisque. Meshroom est développé par le projet AliceVision et publié sous licence open source MPL-2.0. Vous pouvez l'utiliser en projet commercial gratuitement. La seule contrainte matérielle est une carte graphique NVIDIA (CUDA) pour la reconstruction dense, et un gros jeu de photos peut demander plusieurs heures de calcul.
RealityCapture est-il encore gratuit ?
RealityCapture s'appelle désormais RealityScan depuis son rachat par Epic Games (versions 2.0 puis 2.1, 2025). Il est gratuit pour les étudiants, les enseignants, et les individus ou entreprises dont le chiffre d'affaires brut annuel reste sous 1 million de dollars. Au-dessus de ce seuil, la licence coûte 1 250 $ par siège et par an (vérifié juillet 2026).
Quel logiciel de photogrammétrie pour débuter ?
Meshroom pour un premier scan sur ordinateur : gratuit, tout-en-un, interface à nœuds guidée. Polycam si vous préférez scanner directement avec un téléphone en quelques minutes. Dans les deux cas, la qualité du résultat dépend surtout de vos photos, recouvrement suffisant, netteté, lumière homogène, bien plus que du moteur choisi.
Faut-il un ordinateur puissant pour la photogrammétrie ?
Pour les logiciels de bureau, oui : une carte graphique récente (NVIDIA CUDA pour Meshroom et RealityScan), beaucoup de RAM et de l'espace disque accélèrent nettement le calcul, qui peut sinon durer des heures sur un gros jeu de photos. Les applications mobiles comme Polycam déportent une partie du traitement dans le cloud et tournent sur un simple téléphone, au prix d'un modèle moins détaillé.
Photogrammétrie ou lidar pour scanner un bâtiment à mapper ?
La photogrammétrie suffit pour la plupart des façades bien éclairées et texturées, et ne coûte que le temps de prise de vue et de calcul. Le lidar devient nécessaire sur les grandes étendues, en faible lumière, ou sur des surfaces réfléchissantes, vitrées ou trop uniformes où la photo décroche. Le détail du choix est dans le guide pour choisir un scanner 3D.