Edge blending : réussir le recouvrement entre projecteurs

Edge blending : réussir le recouvrement entre projecteurs
Introduction
Dès que vous passez à deux projecteurs ou plus, le blending devient votre sujet principal. C'est la zone de recouvrement entre les images qui fait toute la différence entre un rendu professionnel et un bricolage visible.
Mal géré, le raccord saute aux yeux : bande lumineuse au milieu, décalage de couleurs, transition brutale. Bien géré, c'est invisible. Le public ne sait même pas qu'il regarde plusieurs projecteurs.
En 15 ans de projets multi-projecteurs, de l'Arc de Triomphe aux centres immersifs Culturespaces, j'ai vu à peu près toutes les erreurs possibles en matière de blending. Cet article résume ce que j'ai appris sur le terrain.
Qu'est-ce que l'edge blending ?
L'edge blending, c'est la technique qui permet de fusionner les bords de deux images projetées côte à côte pour créer une image continue et homogène.
Le principe est simple : deux projecteurs projettent des images qui se chevauchent sur une bande (la zone d'overlap). Dans cette zone, chaque projecteur réduit progressivement sa luminosité. Le projecteur de gauche s'estompe vers la droite, celui de droite s'estompe vers la gauche. Le résultat : une transition douce, sans ligne visible.
Sans blending : la zone de recouvrement reçoit la lumière des deux projecteurs. Elle est donc deux fois plus lumineuse que le reste. La bande blanche est immédiatement visible.
Avec blending : les courbes d'atténuation compensent exactement le chevauchement. La luminosité est uniforme sur toute la surface.
C'est un passage obligé pour toute installation multi-projecteurs : mapping monumental, espace immersif, événementiel grande échelle, scénographie.
Les paramètres qui comptent
Taille de la zone d'overlap
C'est le premier paramètre à définir : quelle proportion de l'image de chaque projecteur est consacrée au recouvrement ?
La règle : visez 10 à 20% de la largeur de l'image par projecteur.
- 10% : minimum viable. Le blend est serré, peu de marge d'erreur sur l'alignement. Adapté aux installations bien maîtrisées avec des projecteurs stables
- 15% : le standard en événementiel. Bon compromis entre qualité de transition et perte de résolution
- 20% et plus : confortable, transition très douce. Indispensable si vos projecteurs ne sont pas parfaitement stables ou si la surface n'est pas plane
Attention : plus l'overlap est large, plus vous "perdez" de résolution utile. C'est un compromis entre qualité de blend et résolution finale du canvas.
🧮 Calculez vos overlaps : Le calculateur de nombre de projecteurs détermine automatiquement la résolution totale de votre canvas en tenant compte des zones de recouvrement.
Courbe de blending
La façon dont la luminosité diminue dans la zone d'overlap a un impact direct sur le rendu.
Linéaire : la luminosité baisse de façon constante d'un bord à l'autre. Simple, mais rarement optimal. Le raccord peut paraître un peu "dur" au centre de la zone.
Gamma (puissance) : courbe plus progressive, avec une transition plus douce au centre. C'est le standard sur la plupart des média serveurs et des projecteurs professionnels.
Sigma (S-curve) : transition lente aux extrémités, rapide au centre. Produit le résultat le plus naturel à l'œil. Privilégiez cette courbe quand votre logiciel la propose.
En pratique : la différence entre gamma et sigma est subtile. Le plus important est d'éviter le linéaire pur, qui produit un résultat médiocre.
Uniformité de la luminosité
Même avec une courbe de blending parfaite, deux problèmes persistent souvent.
Le black level (niveau de noir) : quand un projecteur projette du noir, il projette en réalité un gris très sombre. Dans la zone d'overlap, ce gris s'additionne. Résultat : la zone de blend est légèrement plus claire que le reste, même sur du contenu sombre.
La solution : la compensation de black level (ou "black level lift"). Le média serveur ou le processeur de blending relève le niveau de noir des zones non-blendées pour uniformiser l'ensemble. La plupart des outils professionnels le proposent.
Le brightness matching : même modèle, même réglage, deux projecteurs n'ont jamais exactement la même luminosité. Un écart de 5 à 10% est courant, même sur du matériel neuf.
La solution : ajustez manuellement la luminosité de chaque projecteur pour les harmoniser. Certains média serveurs permettent un réglage fin par zone.
Alignement géométrique
Le blending ne fonctionne que si les images sont parfaitement alignées géométriquement dans la zone d'overlap.
La règle absolue : le warping doit être fait AVANT d'activer le blending. Si vous blendez des images mal alignées, vous obtiendrez une zone floue ou dédoublée.
C'est l'erreur numéro un. Et elle est très courante.
La surface joue beaucoup. En video mapping sur de l'architecture historique (pierre, brique, relief), la texture de la surface "gomme" naturellement les petits défauts d'alignement. On se permet parfois des overlaps plus réduits et des tolérances d'alignement plus souples, parce que le relief et la matière absorbent les imperfections. En revanche, sur un cyclorama de projection ou un mur blanc parfaitement lisse, chaque pixel de décalage se voit. La moindre imprécision saute aux yeux. Plus la surface est uniforme, plus l'alignement doit être irréprochable.
Le fondu entre deux projecteurs aide à masquer un léger écart d'alignement, c'est vrai. Mais il y a une limite. Si les matrices ne sont pas correctement calées, le flou dans la zone de recouvrement sera visible, quel que soit le réglage de la courbe de blend.
Les erreurs courantes
Zone d'overlap trop étroite
Avec 5% d'overlap, la transition est trop rapide pour masquer les imperfections. Le moindre défaut d'alignement ou de luminosité se voit. Et la marge de manœuvre est nulle.
Montez à 15% minimum en événementiel. Vous perdrez un peu de résolution, mais le rendu sera incomparablement meilleur.
Zone d'overlap trop large
À l'inverse, un overlap de 30% ou plus gaspille de la résolution pour un gain visuel marginal. Vous utilisez presque un tiers de chaque projecteur juste pour la zone de transition.
Restez dans la fourchette 10-20%. Au-delà, le coût en résolution ne se justifie que sur des surfaces très irrégulières.
Blending sans correction du noir
C'est le piège classique. Vous activez le blending, le résultat est correct sur du contenu lumineux. Puis vous passez un contenu sombre ou un fondu au noir : la bande de blend apparaît, plus claire que le reste de l'image.
Ne sautez jamais la compensation de black level. C'est la différence entre un blending "correct" et un blending invisible.
Blending avant le warping
Si vous activez le blending sur des images pas encore alignées, vous ne verrez jamais un bon résultat. Le blend va "moyenner" deux images décalées, produisant un flou dans la zone de raccord.
L'ordre est non négociable : alignement physique, warping, puis blending. C'est une erreur que je détaille aussi dans l'article sur les erreurs de calibration.
Ne pas matcher les couleurs entre projecteurs
Même série, même lot : deux projecteurs ont des différences de colorimétrie. En projection solo, ça passe. En multi-projecteurs avec blending, la zone d'overlap trahit ces écarts.
Avant de blender, calibrez la colorimétrie de tous vos projecteurs sur une référence commune. Les outils de color matching intégrés aux projecteurs haut de gamme ou aux média serveurs facilitent cette étape.
Blending logiciel vs matériel
Blending dans le média serveur
La majorité des projets utilisent le blending logiciel, intégré au média serveur (Modulo Kinetic, Resolume Arena, Disguise, Watchout...).
Avantages :
- Contrôle total sur les courbes, le black level, la colorimétrie
- Ajustement en temps réel, même pendant le show
- Pas de matériel supplémentaire
Inconvénients :
- Consomme des ressources GPU (surtout avec beaucoup de sorties)
- Dépend de la qualité du logiciel
Mon avis : c'est la solution la plus courante et la plus flexible. Sur 90% des projets, c'est le bon choix.
Blending intégré au projecteur
Certains projecteurs professionnels intègrent des fonctions de blending directement dans leur firmware.
Avantages :
- Indépendant du média serveur
- Pas de latence supplémentaire
- Plus simple pour des installations fixes
Inconvénients :
- Moins de flexibilité (courbes limitées, pas de compensation de black level avancée)
- Configuration via les menus du projecteur (moins ergonomique)
- Fonctionne surtout pour des configurations simples (2-3 projecteurs en ligne)
Mon avis : utile pour des installations permanentes simples. Dès que le projet se complexifie, passez au blending via le média serveur.
Processeurs de blending dédiés
Pour les grandes installations, des processeurs hardware spécialisés (Analog Way, Barco, Christie) gèrent le blending entre de nombreuses sorties.
Mon avis : réservé aux projets de grande envergure ou aux configurations broadcast. Le coût est élevé, mais la fiabilité et les performances sont au rendez-vous.
Ma méthode pour un blending réussi
Voici l'ordre que je suis sur chaque projet multi-projecteurs, du début à la fin.
1. Calculer les overlaps en amont
Avant même d'installer quoi que ce soit, je dimensionne la configuration : nombre de projecteurs, taille des overlaps, résolution totale du canvas.
Le calculateur de nombre de projecteurs fait ce travail. Il tient compte des overlaps pour donner la résolution réelle du canvas et génère les mires de calibration correspondantes.
2. Installer et aligner physiquement
Une fois sur site :
- Positionnement physique des projecteurs
- Réglages optiques (focus, zoom, lens shift)
- Vérification que les zones d'overlap se chevauchent correctement
Point clé : laissez les projecteurs chauffer 20-30 minutes avant de passer à la suite. L'alignement bouge pendant la mise en température.
3. Warping
On cale chaque projecteur indépendamment, en commençant par les grandes lignes (grille 2x2) puis en affinant. L'objectif : que les images soient géométriquement alignées dans la zone d'overlap, au pixel près.
Vérifiez avec des mires de calage : lignes droites, grilles, patterns géométriques. Ce qui doit se raccorder doit se raccorder parfaitement.
4. Black level et brightness matching
Avant d'activer le blending :
- Affichez un contenu noir total
- Vérifiez visuellement l'homogénéité entre les projecteurs
- Activez la compensation de black level
- Ajustez la luminosité de chaque projecteur pour les matcher
5. Activer le blending
Maintenant seulement, activez les courbes de blend :
- Réglez la taille de la zone de blend (elle doit correspondre à votre overlap physique)
- Choisissez votre courbe (gamma ou sigma de préférence)
- Affinez visuellement avec des aplats de couleur et des gradients
6. Vérification finale
- Passez tous les types de contenus : blanc, noir, couleurs vives, gradients, vidéo
- Vérifiez sous différents angles de vue
- Faites un fondu au noir complet pour valider le black level
- Si possible, vérifiez dans les conditions réelles d'exploitation (public, climatisation)
7. Maintenir l'alignement dans le temps
Sur une installation fixe qui fonctionne quasi 24h/24, le travail ne s'arrête pas à la calibration initiale. Les écarts de température entre le jour et la nuit, la dilatation des structures métalliques ou des faux-plafonds, les courants d'air de la climatisation : tout ça fait bouger les projecteurs, parfois de quelques pixels seulement, mais suffisamment pour que le blending se dégrade.
Prévoyez des recalibrations périodiques. Sur les installations que j'accompagne, on planifie une vérification tous les 2 à 3 mois selon l'environnement. Certains média serveurs proposent des systèmes d'autocalibration par caméra qui facilitent cette maintenance, mais une vérification visuelle reste indispensable.
Un blending bien fait, c'est un blending que personne ne remarque. Et ça commence bien en amont du terrain, avec une maintenance régulière pour que ça dure.
Besoin d'un accompagnement sur votre projet ?
Le blending, c'est un sujet technique qui demande de l'expérience. Si vous préparez une installation multi-projecteurs et que vous voulez être sûr du résultat, mieux vaut anticiper.
Réserver un appel découverte pour discuter de votre configuration multi-projecteurs.
Dimensionnez votre installation : Le calculateur de nombre de projecteurs calcule vos overlaps, la résolution du canvas, et génère vos mires de calibration.
Télécharger le guide gratuit : 10 erreurs qui ruinent votre projet de mapping (et comment les éviter).

À propos de l'auteur
Baptiste Jazé est consultant expert en vidéoprojection et mapping depuis 15 ans. Il accompagne studios créatifs, prestataires techniques et producteurs dans leurs projets visuels ambitieux.
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