Écran LED vs vidéoprojection : comparatif technique et budget

Écran LED vs vidéoprojection : comparatif technique et budget
Introduction
On entend parfois parler de "mapping sur LED wall". C'est un abus de langage. Le video mapping, c'est de la vidéoprojection sur des surfaces : façades, objets, décors. C'est la lumière projetée qui crée l'image. Un mur LED, lui, est un écran : chaque pixel émet sa propre lumière. Ce sont deux technologies fondamentalement différentes.
Cela ne veut pas dire qu'elles ne se comparent pas. Au contraire : projection et LED répondent souvent aux mêmes besoins (affichage grand format, scénographie événementielle, installations immersives) mais avec des approches, des contraintes et des budgets radicalement différents.
En 15 ans de projets, j'ai travaillé sur des installations purement projection (Arc de Triomphe, Culturespaces), sur des projets LED, et sur des configurations hybrides qui combinent les deux. Chaque technologie a ses forces, ses faiblesses, et son domaine de prédilection.
Cet article compare les deux approches, détaille les défis techniques des LED walls, et vous aide à choisir la bonne technologie pour votre projet.
Projection classique vs LED wall : les différences fondamentales
Le principe physique
Projection : un vidéoprojecteur envoie de la lumière sur une surface. L'image est visible parce que la surface réfléchit cette lumière vers le spectateur. C'est un système réfléchissant.
LED wall : chaque pixel est une source lumineuse indépendante (une LED ou un groupe de LEDs). L'image est émise directement. C'est un système émissif.
Cette différence fondamentale a des conséquences majeures sur tout le reste.
Comparatif technique
| Critère | Projection | LED wall |
|---|---|---|
| Principe | Réfléchissant | Émissif |
| Luminosité typique | 2 000 - 40 000 lumens/VP | 800 - 10 000 nits |
| Contraste | 2 000:1 à 20 000:1 | 5 000:1 à 100 000:1 |
| Visibilité en plein jour | Très difficile | Excellente |
| Résolution | Dépend du VP + distance | Dépend du pitch |
| Taille | Illimitée (multi-VP) | Limitée par le budget |
| Installation | Projecteurs déportés | Panneaux sur structure |
| Surface de projection | Nécessaire | Le mur EST la surface |
| Maintenance | Lampes / filtres | Dalles de remplacement |
| Encombrement | Faible (VP déporté) | Important (panneaux + structure) |
| Poids | Léger (VP uniquement) | Lourd (panneaux + câblage) |
Luminosité et contraste
C'est l'avantage le plus évident du LED. Un mur LED à 5 000 nits est lisible en plein soleil. Un vidéoprojecteur de 30 000 lumens est invisible en plein jour sur une grande surface.
En intérieur sombre : la projection offre des résultats excellents. Le contraste perçu dépend autant de l'obscurité de la salle que de la technologie. C'est pourquoi les centres immersifs (Culturespaces, teamLab) utilisent majoritairement de la projection.
En extérieur jour : le LED est imbattable. Aucun vidéoprojecteur ne peut rivaliser avec la luminosité directe d'un mur LED en plein soleil.
En extérieur nuit : les deux technologies fonctionnent. La projection a l'avantage de couvrir de très grandes surfaces à moindre coût. Le LED a l'avantage du contraste et de la fiabilité (pas de dépendance à une surface de projection propre).
Résolution
En projection, la résolution dépend du vidéoprojecteur (Full HD, WUXGA, 4K, etc.) et de la taille de l'image. Plus l'image est grande, plus le pixel projeté est gros.
En LED, la résolution dépend du pitch : la distance en millimètres entre le centre de deux pixels adjacents.
| Pitch | Pixels par m2 | Usage typique |
|---|---|---|
| P1.2 | 694 444 | Studio TV, showroom haut de gamme |
| P2.6 | 147 929 | Événementiel intérieur, retail |
| P3.9 | 65 746 | Concert, scène, événementiel |
| P5.9 | 28 724 | Extérieur proche |
| P10 | 10 000 | Affichage extérieur grande distance |
Règle de lecture : La distance minimale de visionnage confortable est environ le pitch multiplié par 1 000. Un P2.6 est lisible à partir de 2.6 mètres. Un P10 nécessite 10 mètres de recul minimum.
Pour une même surface de 10 m x 5 m, un mur LED en P2.6 offre 3 846 x 1 923 pixels (7.4 millions de pixels). Un seul projecteur 4K sur la même surface offre 3 840 x 2 160 pixels (8.3 millions de pixels), mais avec un seul appareil et pour un coût bien inférieur au mur LED.
Quand le LED wall devient complexe
Structures non rectangulaires
Dès que le mur LED n'est pas un simple rectangle plat, il faut adapter le contenu à la forme :
- Murs courbes : décors de concert, scénographies circulaires
- Colonnes LED : totems, piliers habillés
- Structures 3D : cubes, pyramides, formes organiques
- Assemblages complexes : plusieurs écrans à angles différents
Dans tous ces cas, le contenu ne peut pas être un simple fichier vidéo rectangulaire. Il faut déformer, découper et adapter le contenu à la géométrie exacte du mur via le média serveur et le processeur vidéo.
Scénographie créative
Les murs LED ne sont plus confinés aux écrans plats derrière une scène. Les scénographes les intègrent comme éléments architecturaux : sol LED, plafond LED, murs latéraux, formes suspendues. Cette créativité impose un workflow d'adaptation de contenu plus complexe qu'un simple playout vidéo.
Visibilité de jour
Pour les événements en extérieur de jour (festivals, inaugurations, salons), le LED est la seule option viable. Il permet de créer des effets visuels impressionnants même sous le soleil, là où la vidéoprojection est invisible.
Pixel mapping temps réel
En concert et en événementiel live, les murs LED sont souvent pilotés en pixel mapping : chaque pixel est contrôlé individuellement depuis un média serveur ou un logiciel de VJ. Attention, le terme "pixel mapping" désigne ici le contrôle pixel par pixel d'un écran LED, pas du video mapping au sens projection du terme.
Défis techniques des LED walls
Le pitch et la distance de lecture
Le pitch détermine la densité de pixels. Un pitch trop grand pour la distance de visionnage rend les pixels individuels visibles ("effet grille"). Un pitch trop petit pour la distance est un gaspillage de budget.
Erreur fréquente : Commander du P1.9 pour un concert avec un public à 20 mètres. Du P3.9 aurait suffi, pour un budget divisé par 3.
Règle de dimensionnement : Commencez par la distance minimale de visionnage, divisez par 1 000, vous obtenez le pitch maximum acceptable. Ajoutez une marge de 20% pour les contenus avec du texte ou des détails fins.
Le moiré
Le moiré est un artefact visuel qui apparaît quand on filme un mur LED : des motifs d'interférence entre la grille de pixels du LED et la grille de pixels du capteur de la caméra.
Problème concret : Votre mur LED est magnifique en direct, mais il est horrible sur le stream vidéo ou les photos.
Solutions :
- Ajuster le pitch par rapport à la distance caméra
- Utiliser un filtre anti-moiré sur l'objectif de la caméra
- Augmenter le refresh rate du mur (3 840 Hz minimum pour le broadcast)
- Régler le shutter speed de la caméra pour éviter le banding (lignes noires horizontales)
La calibration couleur
Chaque dalle LED sort d'usine avec des caractéristiques colorimétriques légèrement différentes. Sans calibration, on voit des différences de teinte entre les dalles, surtout sur les blancs et les gris clairs.
Les paramètres à calibrer :
- Gamut : l'espace colorimétrique (souvent plus large que sRGB, parfois trop saturé)
- Courbe gamma : la relation entre la valeur numérique et la luminosité perçue
- Balance des blancs : point blanc identique sur toutes les dalles
- Uniformité : luminosité égale sur toute la surface
Processeurs vidéo utilisés :
- Brompton Tessera (haut de gamme, référence broadcast)
- Novastar (bon rapport qualité/prix, dominant en Asie et événementiel)
- Colorlight (entrée de gamme, salons et retail)
Les jointures entre dalles
Un mur LED est un assemblage de dizaines ou centaines de dalles. À chaque jointure, il y a un risque de décalage mécanique (pixel légèrement déplacé) ou de discontinuité lumineuse (LED de bord plus ou moins brillante que les autres).
Solutions :
- Dalles à assemblage magnétique (précision mécanique < 0.1 mm)
- Calibration dalle par dalle (en usine et sur site)
- Masking logiciel des pixels de bord problématiques
Le refresh rate
Le refresh rate du mur LED (en Hz) détermine la fluidité de l'image et sa compatibilité avec les caméras.
| Refresh rate | Usage |
|---|---|
| 960 Hz | Minimum acceptable (banding visible en vidéo) |
| 1 920 Hz | Standard événementiel |
| 3 840 Hz | Recommandé broadcast / TV |
| 7 680 Hz | Haut de gamme (slow motion compatible) |
Point d'attention : Un refresh rate insuffisant ne se voit pas forcément à l'oeil nu, mais il est catastrophique en vidéo. Si votre événement est filmé, exigez 3 840 Hz minimum.
Workflow spécifique au LED
Résolution en pixels réels
Contrairement à la projection (où la résolution dépend du vidéoprojecteur), la résolution d'un mur LED est fixe et déterminée par la taille et le pitch.
Calcul :
- Largeur en pixels = largeur du mur (m) / pitch (m)
- Hauteur en pixels = hauteur du mur (m) / pitch (m)
Exemple : mur de 8m x 4m en P2.6
- Largeur = 8 / 0.0026 = 3 077 pixels
- Hauteur = 4 / 0.0026 = 1 538 pixels
- Résolution totale : 3 077 x 1 538
Conséquence : Le contenu doit être produit exactement à cette résolution. Pas d'upscale, pas de downscale. Chaque pixel du contenu correspond à un pixel physique du mur. C'est à la fois une contrainte (résolutions non standard) et un avantage (pas de perte de qualité).
Pas d'overlap
En projection multi-VP, on prévoit des zones de recouvrement (overlap) entre projecteurs pour le blending. En LED, il n'y a pas d'overlap. Chaque pixel est unique. Le contenu est découpé pixel-perfect pour chaque processeur / chaque sortie.
Processing vidéo
Le signal vidéo ne va pas directement du média serveur au mur LED. Il passe par un processeur vidéo (Novastar, Brompton) qui :
- Reçoit les signaux vidéo (HDMI, DisplayPort, SDI)
- Découpe et distribue le signal aux différentes dalles
- Applique la calibration couleur
- Gère le refresh rate et le scan
- Corrige la géométrie si nécessaire
Architecture type :
Média serveur --> [HDMI/DP] --> Processeur vidéo (Novastar/Brompton) --> [Ethernet] --> Dalle 1 --> [Ethernet] --> Dalle 2 --> [Ethernet] --> ... --> [Ethernet] --> Dalle N
Comparatif budget : LED vs projection
Investissement initial
| Poste | Projection (10m x 5m) | LED P2.6 (10m x 5m) |
|---|---|---|
| Affichage | 2 x VP 20 000 lm = 30 000-60 000 EUR | 50 m2 x 2 000-4 000 EUR/m2 = 100 000-200 000 EUR |
| Optiques / Processeur | 3 000-8 000 EUR | 10 000-30 000 EUR |
| Média serveur | 5 000-15 000 EUR | 5 000-15 000 EUR |
| Structure / rigging | 2 000-5 000 EUR | 15 000-30 000 EUR (poids) |
| Câblage | 500-2 000 EUR | 2 000-5 000 EUR |
| Total | 40 000-90 000 EUR | 132 000-280 000 EUR |
Pour une surface de 50 m2, le LED coûte 2 à 4 fois plus cher que la projection en investissement initial.
Exploitation annuelle
| Poste | Projection | LED |
|---|---|---|
| Remplacement source | 2 000-5 000 EUR/VP/an (lampe) | 0 EUR (LEDs 100 000h) |
| Électricité | 2 000-4 000 EUR/an (2 VP) | 4 000-8 000 EUR/an (50 m2) |
| Maintenance | 1 000-3 000 EUR/an | 2 000-5 000 EUR/an |
| Total annuel | 5 000-12 000 EUR | 6 000-13 000 EUR |
Les coûts d'exploitation sont comparables. Le LED élimine le remplacement des lampes, mais consomme plus d'électricité.
TCO sur 5 ans
| Projection | LED P2.6 | |
|---|---|---|
| Investissement | 65 000 EUR | 200 000 EUR |
| Exploitation 5 ans | 42 500 EUR | 47 500 EUR |
| TCO 5 ans | 107 500 EUR | 247 500 EUR |
Note : Ces chiffres sont indicatifs et varient énormément selon les projets. Le LED en P3.9 ou P5.9 est nettement moins cher. La projection avec des VP laser réduit les coûts de maintenance.
Quand choisir LED vs projection
Choisir la projection quand :
- Budget limité pour une grande surface
- Intérieur sombre maîtrisé (musée, salle immersive, événement de nuit)
- Surfaces architecturales existantes (façade, monument, décor)
- Mapping 3D sur des volumes complexes (objets, sculptures, architecture)
- Très grande surface (> 100 m2) sans contrainte de luminosité diurne
- Installation temporaire (location de VP vs achat de LED)
Choisir le LED quand :
- Visibilité de jour indispensable
- Contraste élevé requis (noir parfait)
- Pas de surface de projection disponible (pas de mur, pas de toile)
- Fiabilité 24/7 sans maintenance fréquente
- Broadcast / caméra : le LED rend mieux en vidéo
- Scénographie intégrée (le mur EST le décor)
Choisir l'hybride quand :
- Show complexe avec des besoins variés (scène LED + mapping façade en projection)
- Transition jour/nuit dans le même événement
- Immersif + focal : projection immersive sur les murs + écran LED central haute résolution
FAQ
Un mur LED peut-il remplacer totalement la projection ?
Non. La projection reste imbattable pour les très grandes surfaces à coût raisonnable, pour le mapping sur architecture existante, et pour les environnements sombres contrôlés. Le LED est un complément, pas un remplacement universel.
Quelle est la durée de vie d'un mur LED ?
Les LEDs sont données pour 100 000 heures (environ 11 ans en 24/7). En pratique, la luminosité se dégrade progressivement. Après 50 000 heures, attendez-vous à 70-80% de la luminosité initiale. Les dalles sont remplaçables individuellement.
Le LED wall est-il plus simple à mettre en oeuvre que la projection ?
Pas nécessairement. Le LED simplifie certains aspects (pas de calibration géométrique, pas de blending) mais en complexifie d'autres (calibration couleur, résolutions non standard, processing vidéo, poids et structure).
Peut-on louer un mur LED pour un événement ?
Oui. C'est même le mode le plus courant en événementiel. Les prestataires louent le mur complet (dalles + processeur + structure + technicien). Le coût de location est de 200 à 800 EUR/m2/jour selon le pitch et la qualité.
Comment gérer les contenus pour des formes LED non rectangulaires ?
Le média serveur (Modulo, Resolume, Disguise) permet de mapper le contenu sur la géométrie exacte du mur. On crée un canvas virtuel qui reproduit la forme physique du mur, et on place les contenus dessus. Le processeur vidéo se charge ensuite de distribuer les bons pixels aux bonnes dalles.
Besoin d'un accompagnement pour votre projet ?
Projection, LED, ou hybride : le bon choix dépend de votre contexte. Distance du public, luminosité ambiante, budget, durée, maintenance. Chaque paramètre influence la décision.
Réserver un appel découverte pour analyser votre projet et choisir la bonne technologie.
Ressources complémentaires :
- Guide complet du video mapping : tout comprendre de la projection
- Mapping événementiel vs permanent : quel modèle pour votre projet
- Outils de calcul gratuits : dimensionnez votre installation de projection

À propos de l'auteur
Baptiste Jazé est consultant expert en vidéoprojection et mapping depuis 15 ans. Il accompagne studios créatifs, prestataires techniques et producteurs dans leurs projets visuels ambitieux.
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